La Débrouille Compagnie recycle les déchets des habitants du quartier Danube dans le 19 arrondissement de Paris. Transformer des canettes de soda en cadre photo design ou fabriquer des bijoux en anneaux de métal récupéré est le quotidien de la structure adepte d’upcycling. Plongée au cœur de l’association.
Virve Sankala inspecte avec minutie les petites boîtes métalliques estampillées Red Bull qu’elle vient de découper en deux. Les fonds serviront à créer des maracas avec les enfants du quartier. L’autre partie de l’objet sera recyclée en bracelet. Dans son atelier un aigle noir géant en papier mâché, un attrape rêve fait de ficelle et des masques africains en journaux côtoient un buste de Nefertiti en kraft fraîchement peint. Sur les étagères en bois, les matériaux sont classés par genre. Il y a un cageot pour le bois, un bac pour les bouchons, un carton pour le polystyrène, des pots à boutons, à liège ou à mousseline. « Tout peut être recyclé de nos jours » explique l’artiste plasticienne finlandaise diplômée en art appliqué. Depuis trois ans elle apprend aux enfants à donner une seconde vie aux tshirts, jeans et gilets : « Avec les plus grands on utilise la machine à coudre. On ajoute des poches aux pantalons, on coupe, on raccourcit, on customise. On joue avec la matière. Ils apprécient le côté ludique. Le message passe mieux ». La vente d’objets des artistes, les expositions et l’entretien du jardin partagé faisant office de station de compostage rythment le quotidien de l’association créée en 2002 qui compte six salariés. Elle propose aussi des interventions de sensibilisation dans les écoles et des ateliers pour enfants le mercredi. Les thèmes des formations varient en fonction des matériaux disponibles. La semaine dernière une dizaine de recycleurs en culottes courtes a réalisé des compositions à partir de graines de café et de blocs notes en papiers brouillons imprimés.
Virve trie les canettes par couleur pour préparer l’atelier du lendemain. « Ici pas de long discours pour faire passer les messages. Pas question de jouer les profs ou de faire la morale, ça ne marche pas » précise la trentenaire blonde avec un léger accent. Pour expliquer aux habitants du quartier le recyclage, Cheik, Maria et Virve, les animateurs sociaux culturels ont leurs astuces. « Les gens sont dubitatifs quand on leur demande de nous apporter leurs poubelles. Puis ils voient ce qu’on fait de leurs bouteilles de lait. Ils trouvent ça beau et comprennent l’utilité de notre démarche même s’ils ne sont pas encore tous prêts à réaliser des tableaux en capsules de Heineken ! ». Pour se fournir en matière première, quand les déchets des habitants ne suffisent pas, il y a aussi le Buttes Chaumont, un café restaurant du quartier. Toutes les deux semaines l’équipe y fait le plein de bocaux en verre. Dans un coin de l’atelier, trône « La roue de la fortune des déchets », un pneu de vélo sur lequel enfants et animateurs ont collé les noms des matériaux de récupération : bouteille en plastique, sac en plastique, papier, carton et verre. Le jeu consiste à faire tourner la roue et à répondre aux questions en fonction de la catégorie. « Avec ce jeu on explique aux enfants comment réduire les déchets. Ils comprennent qu’acheter plus tard en vrac, en grande quantité ou aller au marché pour les fruits et légumes pour limiter les emballages, peut changer les choses. Parfois les parents viennent nous voir pour nous féliciter. Les enfants ont tendance à beaucoup parler autour d’eux lorsqu’ils sont émerveillés. Les sensibiliser est important car ils représentent la prochaine génération ».