
Emilie, 35 ans, et Xavier, 34 ans, sont en couple depuis quatorze ans. Ils nous racontent leur quotidien rythmé par la maladie de la jeune femme atteinte de TOC liés à la crainte d’être contaminée. Psychologies.com
Emilie : « J’imposais à Xavier des tenues spéciales pour la maison »
« Je souffre de TOC de contamination depuis l’âge de 6 ans. C’est comme une seconde voix qui me dit « tu as touché quelque chose, il faut que tu te laves les mains ». Quand le moral est bon, mes TOC ne sont presque plus là mais lorsque je connais des phases de stress ou d’émotions intenses, ils reviennent. J’ai été diagnostiquée à trente ans. Personne ne s’en était rendu compte avant. Pas même Xavier, avec qui j’étais en couple depuis dix ans. Quand nous nous sommes rencontrés, j’étais bien. Mes TOC pouvaient alors passer pour de petites manies. Puis, nous avons voulu un enfant. J’ai dû commencer un traitement hormonal très lourd et des FIV qui n’ont pas fonctionné. Mes TOC se sont alors intensifiés. Ça n’allait plus dans mon travail. J’ai fini par quitter mon emploi d’esthéticienne. À la maison, c’est devenu un enfer. Je faisais des choses qui n’étaient pas normales, comme nettoyer dix fois un objet. Quand il rentrait, Xavier devait se changer et porter des tenues spéciales pour la maison avec lesquelles il n’avait pas le droit de sortir. Il devait aussi se laver les mains ou encore enlever ses chaussures dès qu’il rentrait. Au début, il a essayé de résister mais j’étais très persuasive. Il m’est même arrivé de mentir pour arriver à mes fins. Je voyais que cela n’avait pas de sens pour lui. Cette situation a généré des conflits réguliers. Nous avons failli divorcer.
J’ai fini par être hospitalisée et j’ai commencé une thérapie avec un psychiatre et un psychologue. Au début, j’avais des séances individuelles pour parler de mes TOC puis nous avons commencé des séances en couple. Je pense que cela a été bizarre pour lui d’autant plus que ce n’était pas très bien vu dans sa famille et qu’il n’était pas le malade. Pour moi, il était essentiel que la thérapie se fasse à deux. Pendant les séances, nous vidions notre sac devant un « arbitre », le thérapeute. Nous essayions de voir ensemble les améliorations que nous pouvions chacun apporter de notre côté. C’était essentiel que nous fassions tous les deux des efforts et pas uniquement moi, la malade. Ces séances ont été vitales pour notre couple. Aujourd’hui, je suis enfin enceinte. J’ai arrêté mon traitement pendant ma grossesse mais je continue les séances. Je suis suivie par deux spécialistes des TOC et de la périnatalité. Ce n’est pas tous les jours évident mais je suis optimiste. Xavier est là. Il m’entoure et m’encourage ce qui contribue à ma «guérison ».
Xavier : « Je ne m’étais rendu compte de rien »
« Nous avons eu un choc lorsque qu’un praticien nous a annoncé que nous aurions des difficultés à concevoir un enfant de façon naturelle. Nous avons alors envisagé une FIV. Sans assistance, Emilie a dû se faire des piqûres journalières à heure régulière. Ces gestes stressants ont été ravageurs pour elle. J’ai découvert la maladie à cette époque. Elle m’a avoué ses obsessions avec l’hygiène et m’a raconté les crises de son enfance. Je n’avais jamais eu conscience de ce trouble avant ses problèmes de santé. Je pense que mon incompréhension et mes maladresses ont rajouté une pression supplémentaire. Depuis quatre ans, nous connaissons des hauts et des bas. Les hospitalisations ont été compliquées à assumer sur le plan psychologique et financier. Pendant les périodes de crise, je suis parfois obligé de m’éloigner de ma famille car mon entourage ne comprend pas bien ces problèmes psychiques. Je me suis souvent senti démuni d’autant plus que n’ai jamais pu me confier à une personne non soignante et que les médecins qualifiés et adaptés sont rares. Encore aujourd’hui, je me sens isolé. Pendant les crises, j’essaie d’être disponible et fort tout en évitant de céder. Il m’arrive de m’énerver lorsque je rentre fatigué d’une longue journée de travail et qu’elle me harcèle pour que je me lave les mains. Je lui demande régulièrement de se confronter à sa maladie même si cela génère du conflit. J’ai participé à plusieurs rencontres avec les psychologues et les psychiatres mais je ne vois pas toujours les crises arriver. Je reste donc maladroit. Je me pose beaucoup de questions sur notre avenir car elle devra toujours composer avec sa maladie. Toutefois, je suis sûr qu’Emilie sera la meilleure des mamans pour accueillir notre petit garçon ».